mardi 21 janvier 2014

Les écorchés



Jardin du Château de Versailles,
Laocoon et ses fils. Tuby. 1696.


Nous sommes un, Nous sommes cent, Nous sommes des milliers d'écorchés,
À nous promener le vague à l'âme,
L'âme en larmes,
À nous chercher sans nous trouver,
À nous expliquer sans nous comprendre,
À nous accuser sans avouer,
À nous mutiler pour nous guérir,
À nous trucider sans mourir.

Nous sommes un, Nous sommes cent, Nous sommes des milliers d'écorchés,
À nous morfondre comme des coupables.
Nos forfaits ne sont pas des crimes abominables,
Seulement une différence inavouable.
Une lèpre invisible qui nous accable.
Nous ne sommes pas contagieux,
Nous survivons, courageux,
Avec nos faix dont personne ne veut.

Nous sommes un, Nous sommes cent, Nous sommes des milliers d'écorchés,
Nous n'avons ni père ni mère
A qui avouer nos misères.
Seulement le vent et la terre,
Où le droit de nous taire.
Une couronne d'épines lacère
Nos cœurs qui saignent sans tarir
Et de cette peine ne peuvent s'aguerrir.

Nous sommes un, Nous sommes cent, Nous sommes des milliers d'écorchés,
À vivre, survivre et  mourir
Dans le silence de ce que nous sommes.
Des écorchés !


C. Bailly
Tous droits réservés

Aucun commentaire:

Publier un commentaire