mercredi 18 février 2026

Dernier soupir

 


La mort qui rôde frôle de son aile malveillante,

Son corps usé par les ans et son âme vacillante.

L'espoir a déserté ses prunelles bleues éteintes,

De l'au-delà, sa face blême porte déjà l'empreinte.


Égalité devant la mort de William Bouguereau


Le souffle court, il attend que sur lui elle se serve,

Sans même se demander ce qu'elle lui réserve.

Autour de lui, la vie s'active au ralenti, on chuchote,

On espère un miracle chimérique, on sanglote.


La mort de Géricault


Dans un dernier éclair, défile sa destinée chaotique.

La vie le quitte sans qu'il ne présente de supplique,

Pas l'ombre d'un regret, pas un voile de remords,

Dans ses yeux vitreux, se reflète déjà la mort.


La mort de Léonard de Vinci  de Ménageot


Ses mains sur le drap ont la pâleur de son linceul,

Une main s'en saisit, lui prouve qu'il n'est pas seul.

Elle est aussi douce que celle d'une fille aimante,

Mais il ne peut répondre à cette preuve rassurante.


Mariage in-extremis à l'article de la mort - Salvator Rosa



Sa vie telle une étoile filante s'enfuit dans la nuit,

Sur son visage, la faucheuse pose un masque de suie,

Son dernier souffle ne pourrait éteindre une bougie.

Pas un mot, pas un murmure, il s'éteint sans un cri.


Lord Byron sur son lit de mort par Odevaere


De longs sanglots brisent le silence, l'instant suspendu,

La vie reprend ses droits autour de celui qui n'est plus.

Dans ce monde en sursis, où nous sommes de passage,

Planent sur chacun de nous, de funestes présages.


Allégorie de la mélancolie de Fabre


Autour du défunt, la famille recueillie, en assemblée,

Compte ses rescapés, passe en revue le temps passé.

Face à cette vérité, pour chacun, c'est l'heure du bilan,

La réalité les frappe, sans aucun ménagement.


Jean-Baptiste Greuze - La piété filiale


À qui le tour ?

On se regarde, on se redresse, on masque sa faiblesse,

On refuse d'être le prochain sur la liste de l'ogresse.

En secret, on implore un peu de temps au temps,

Aussi cruelle que soit la vie, on la vénère, pourtant.


Anna Ancher - Un enterrement 


Christian Bailly
Tous droits réservés
17/12/2012

mardi 17 février 2026

Tic... Tac...

 


La persistance de la mémoire - Salvador Dali



Tic… Tac… Tic… Tac…

 

Chaque seconde de notre vie compte,

De notre naissance, à notre inéluctable fin.

Pour qu'un petit homme prépare son destin.

Pour qu'un homme bâtisse son devenir.

Elles sont empreintes d'espoir en l'avenir.

Chaque seconde de jeunesse compte…


Les âmes vagabondes  - JC Fresnais

 

Chaque seconde d'amour compte,

Comme autant de tendres baisers,

Pour que la passion puisse perdurer.       

Chaque seconde de tendresse compte…


Couple amoureux - Géricault Théodore

 

Tic… Tac… Tic… Tac…

Chaque seconde d'affection compte,

Pour autant d'enfants qui naissent.

Nous leur devons toute notre attention,

De la naissance… jusqu'à notre vieillesse…

 

Chaque seconde d'amitié compte,

Comme autant de soutien accordé,

L'amitié ne mérite pas d'être bradée.

Une présence ne peut être refusée.


Rebecca de Cachard - Les deux amis et l'oiseau

 

Chaque seconde de guerre compte,

Au nombre de croix dans les cimetières.

Chaque seconde de paix compte,

Pour déposer des sourires sur les lèvres des mères.


 

La Fraternité -Fabrice De Paola 

Tic… Tac… Tic… Tac…

Chaque seconde de notre Terre compte,

Pour ne pas la transformer en enfer

La situation devient suicidaire

Chaque seconde de notre paradis compte…


Abdellouahab SELKA - Prédateur

Chaque seconde compte…

Tic…Tac… Tic…Tac… Pas à pas.

Chaque seconde de notre vie compte,

Chacune est un pas vers notre trépas.

 

Alors, à quoi bon !

Pourquoi ne pas s'aimer simplement,

Vivre en communion, sans ressentiment.

À quoi bon se haïr, se battre, vainement,

Quand chaque seconde assurément

Nous précipite vers le néant…

 

Donald Pass 

Tic… Tac… Tic… Tac…




Christian Bailly

Tous droits réservés

15/10/2012

revisité le 17/02/2026

lundi 16 février 2026

Au pied de son arbre

 Illustrations : Création des pensionnaires de l'Ehpad Korian de Gigean

Le 21 septembre, dans le contexte de la journée mondiale de la maladie d’Azheimer, Gaëlle, la psychiatre de l’Ehpad Korian de Gigean organisait une conférence sur les bienfaits de l’art. 

A cette occasion les pensionnaires ont été invités à une activité peinture et collage. 

Pour ma part Gaëlle m’a demandé si je voulais bien participer en lisant quelques poèmes. Le thème de cette après midi était « Au pied de mon arbre »… 

Je me suis mis à ma plume pour composer tout spécialement ce texte que je vous confie aujourd’hui.





Le poète écrivait au pied de son arbre,

Ce qui ne serait jamais gravé dans le marbre.

Il rêvait d'un monde parfait, fait d'amour éternel,

De paix, tout comme ses rêves sempiternels,


L'arbre se penchait pour lire ses messages.

Lui que l'on disait immortel, le vieux sage,

Il avait vu bien des guerres et des révolutions,

Sans que les hommes ne trouvent de solutions.


Il avait vu, les absurdes abattages, les incendies,

Des hommes barbares, toutes leurs ignominies.

Il tremblait d'entendre la cruelle tronçonneuse,

De ses frères malchanceux, la moissonneuse.


Il ne se faisait plus de grandes illusions,

Il voyait venir de sa vie la funeste conclusion.

Il faudrait bien un jour laisser à la jeunesse,

Sa place, abandonner son droit d'aînesse.




Au pied de son arbre, se disputaient les taillis,

Impatients de voir le soleil qui donne la vie.

L'ombre de l'illustre freinait leur croissance,

Les maintenait dans leur piètre adolescence.


Inconscients, ils attendaient des homme la venue,

Intimement, d’eux, ils n’espéraient point de retenue,

Et voir sous peu disparaître ce frère séculaire.

Son tronc élancé promettait de bonnes affaires


C'était bien mal présumer des hommes, en vérité.

Bientôt, l’humble poète connut la grande renommée,

On le vénéra jusqu'à ce qu'il fût sous le marbre.

Il repose près de son vieil ami, au pied de son arbre.


Depuis, les années ont passé…

Au pied de son arbre, le poète, a sombré dans l’oubli

Mais le vieux chêne, lui, qui doit sa vie à la poésie

Continue d’offrir généreusement aux passants

Sa fraîcheur revigorante, sous son ombrage apaisant.





Christian Bailly
Tous droits réservés
21/09/2021

Fils de...

 à ma Mémé

 

 

Quand de l'ombre maternelle,

Je me suis échappé, à tir d'ailes,

Sur ce fruit du péché mortel,

Se penchèrent des hirondelles.

 

J'étais d'un amour innocent,

Le douloureux dénouement.

À moi, le saint-sacrement,

Pour m'éloigner de Satan.

 

Je n'étais point une fille,

Je ne sentais pas la vanille,

Entre mes jambes, une coquille,

À me voir, ma mère vacille.

 

S'ajoutait à ce sort cruel,

Point assez d'essentiel,

À son sein maternel,

Pour assurer le substantiel.

 

Sur ma mère, la disette

Avait fait ses emplettes,

Sur son corps, des miettes,

Les marques de ses côtelettes.

 

Il gelait à pierre fendre.

Du froid, il fallait se défendre,

À vivre, je devais apprendre,

Pour à ce monde, y prétendre.

 

Dehors, suintait la pauvreté,

Mieux valait attendre l'été,

Ses jours plus ensoleillés,

Pour affronter la réalité.

 

On récitait des prières,

Pour éloigner la misère,

De cet enfant sans père,

Fils de la Pitié Salpêtrière.

 

À cette trop jeune mère,

Je me devais de plaire,

Lui faire oublier la misère.

J'étais le fruit de ses viscères.

 

Pour la conquérir,

Il me fallait l'attendrir.

Avec mes sourires,

J'achetai ses éclats de rire.

 

J'étais voué à l'abandon,

Mais d'amour, une pulsion

Me sauva plus que la raison,

De cette malédiction.

 

D'un X, je suis l'héritier,

Et je ne peux l'oublier.

Je n'étais pas le premier,

Je ne fus pas le dernier.

 

Mais je dois à ma Mémé,

Ce que je suis maintenant,

Même si les tourments

De la vie furent insistants,

 

Elle m'a évité un autre destin,

Je l'ai suivi sur son chemin.

Le temps de mes vertes années,

De son amour, elle m'a bercé.

 

Plus tard, bien plus tard

Avant de suivre son corbillard,

Je lui rendrais toutes ces années,

Pour à mon tour, la choyer.















Christian Bailly

Tous droits réservés

25/05/2025

revisité le 16/02/2026