lundi 3 mars 2014

Réjouissances

Jardin de Tuileries


Dessous la voûte à peine feuillue,
Par la main, je t'ai emmené, nu,
Dépouillé du solde de ta décence,
Prêt pour de tendres impertinences.

Ton corps, offert à mes inavouables projets,
Exposait insolemment tous ces objets
A mes inconvenantes et dévorantes convoitises,
Attisant sans vergogne ma gourmandise.

A tous ces fruits, si savamment présentés,
Je ne pouvais plus égoïstement résister.
Ne pas céder à tes alléchantes clémences
Eût été, certes, d'une auguste indécence!

Vers d'autres desseins bien plus héroïques,
Mon impérieuse sensualité loin d'être stoïque,
Devant tous tes charmes si bien affichés,
Entraînait ton désir avec impétuosité.

Le chant des mésanges tout excitées
Couvrait à peine tes soupirs étouffés,
Témoins de la souffrance de ton plaisir
Que je m'évertuais sans réserve de t'offrir.

Ta sève amoureuse gagnait du terrain ;
Elle demandait sa délivrance à tes reins
Ondulant comme une insaisissable couleuvre,
Sous les effets de mes savantes manœuvres.

Ta chair aspirait à se libérer sauvagement.
De mon bonheur je prolongeais le temps.
A bout de souffle, ce n'est que sous la caresse
D'une brise audacieuse et enchanteresse,

Que je te laissais t'échapper vers ce monde
Enchanté où la jouissance dévergonde
Les âmes vagabondes,
Où l'Amour s'exonde et féconde.

C. BAILLY
Tous droits réservés

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