à ma Mémé
Quand de l'ombre maternelle,
Je me suis échappé, à tir d'ailes,
Sur ce fruit du péché mortel,
Se penchèrent des hirondelles.
J'étais d'un amour innocent,
Le douloureux dénouement.
À moi, le saint-sacrement,
Pour m'éloigner de Satan.
Je n'étais point une fille,
Je ne sentais pas la vanille,
Entre mes jambes, une coquille,
À me voir, ma mère vacille.
S'ajoutait à ce sort cruel,
Point assez d'essentiel,
À son sein maternel,
Pour assurer le substantiel.
Sur ma mère, la disette
Avait fait ses emplettes,
Sur son corps, des miettes,
Les marques de ses côtelettes.
Il gelait à pierre fendre.
Du froid, il fallait se défendre,
À vivre, je devais apprendre,
Pour à ce monde, y prétendre.
Dehors, suintait la pauvreté,
Mieux valait attendre l'été,
Ses jours plus ensoleillés,
Pour affronter la réalité.
On récitait des prières,
Pour éloigner la misère,
De cet enfant sans père,
Fils de la Pitié Salpêtrière.
À cette trop jeune mère,
Je me devais de plaire,
Lui faire oublier la misère.
J'étais le fruit de ses viscères.
Pour la conquérir,
Il me fallait l'attendrir.
Avec mes sourires,
J'achetai ses éclats de rire.
J'étais voué à l'abandon,
Mais d'amour, une pulsion
Me sauva plus que la raison,
De cette malédiction.
D'un X, je suis l'héritier,
Et je ne peux l'oublier.
Je n'étais pas le premier,
Je ne fus pas le dernier.
Mais je dois à ma Mémé,
Ce que je suis maintenant,
Même si les tourments
De la vie furent insistants,
Elle m'a évité un autre destin,
Je l'ai suivi sur son chemin.
Le temps de mes vertes années,
De son amour, elle m'a bercé.
Plus tard, bien plus tard
Avant de suivre son corbillard,
Je lui rendrais toutes ces années,
Pour à mon tour, la choyer.
Christian Bailly
Tous droits réservés
25/05/2025
revisité le 16/02/2026





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