« Deviens ce que tu es » – Nietzsche
Bien des fois, j’ai pris les sentiers de la forêt,
Au milieu des fougères séchées par l’été,
Là, en son sein, j’ai senti ses odeurs lourdes
Et suaves de sa propre décomposition.
Bien des fois, j’ai écouté son cœur battre
Sous les feuilles, où je pouvais discerner
Le bruissement de la vie et de la mort.
Alors, je faisais d’elle ma confidente,
Au fil du temps, elle était devenue mon amie.
Oui, bien avant les hommes, elle a su.
Très tôt, elle a tout perçu de moi,
Elle, elle connaissait mon secret !
Elle a été le témoin de ces rendez-vous
Montrés du doigt, interdits par les lois,
C'est là que je retrouvais les mêmes ombres,
Pour des jeux inconvenants, qu’il fallait taire.
Bien des fois, j’ai levé les yeux vers les cimes
De ses vieux sages, implantés depuis des siècles,
Pour leur demander « pourquoi moi ? ».
J’attendais du frémissement de leurs feuilles,
D'être mis au pilori ou d’être innocenté.
Ils me répondaient avec un rayon de soleil,
Qu'ils laissaient glisser doucement jusqu’à moi,
Apaisant d'une caresse, ma blessure intestine.
Ils semblaient me dire simplement, « Sois-toi !
Bien avant les hommes, elle a su mon désarroi.
Enfant, je me réfugiais dans son ventre de mère,
Où je cachais ces différences qui effleuraient
Ma conscience encore ignorante, encore naïve.
Pendant ma jeunesse, je me détachais d’elle,
L’amour m’avait donné de grandes ailes,
Pour m’envoler, haut, au-dessus de mes peurs.
Mais avec le temps, au retour de mes turpitudes,
Elle fut le témoin des larmes d'un homme désarmé,
Pour qui sa bienveillance ne suffisait plus.
Et pourtant, en elle, j'avais puisé mes forces
Pour aller de l’avant, et suivre ma destinée,
Sur mon chemin hasardeux, tracé depuis toujours.
C'est sous sa canopée que j’ai fait mon choix
Assumer enfin, ce que je devais à la nature.
Texte et photos Christian Bailly
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04/02/2026






